Ben Affleck et Olga Kurylenko (enfin les personnages qu'ils jouent, mais je ne rappelle pas des noms) tombent très amoureux alors qu'ils visitent Paris et le Mont Saint-Michel ensembles. Elle vit en France avec sa fille. Lui vient d'Oklahoma. La mère et sa fille acceptent de venir vivre avec lui aux States. Pendant ce temps un prêtre joué par Javier Bardem recherche désespéremment sa foi d'antan.
La traduction française quasi-littérale "À la merveille", gardant la référence à une partie de l'abbaye du Mont Saint-Michel qui porte ce nom, perd en route le sens de wonder = questionnement et le jeu avec wander = errer.

En pleine immersion dans cet univers incroyable dans lequel une quantité abominable de jeunes boutonneux sont assis dans un hall gigantesque à se casser le cerveau sur une saloperie d'enveloppe convexe d'une partie d'un espace vectoriel, à passer quatre plombes à tergiverser sur une ineptie de Francis Ponge, à réécrire le Ctrl + F, à étudier les équations du mouvement d'un dragster ou bien d'une moto en roue arrière et à traduire le fait que le télétravail ça paie pas, je profitai d'un week-end de pause pour me matter le dernier Terrence Malick. Film en lequel j'avais placé beaucoup d'attentes, tant la bande-annonce était géniale et tant le précédent long-métrage du cinéaste, The Tree of Life, avait fini par me séduire. Eh bien.
Monsieur Malick, je ne suis pas très content ! Va falloir grandir un peu, arrêter de vous extasier d'une mouche sur une vitre et d'écrire des voix-off pseudo-philosophiques dignes du mur facebook d'une étudiante en philosophie toute excitée.
Monsieur Lubezki, je dois vous dire que je suis un grand fan de votre travail en tant que directeur de la photographie ; vos images sont belles, chaleureuse, amples, vous leur donnez une âme et c'est toute la beauté aussi bien de la nature que de la civilisation contemporaine que vous arrivez à capter pour éveiller le poète qui sommeille en chacun de nous. En particulier, vos travellings sur les MacBook Pro sont très impressionnants, vous devriez faire de la pub pour Apple. Il va maintenant falloir penser à vous séparer de ce réalisateur qui commence à devenir un vieillard sénile et qui pense qu'il n'a plus besoin de faire grand-chose tout en se reposant sur votre épaule.

Mesdames Kurylenko et McAdams, on a du souvent vous le dire, mais vous êtes vraiment, très, très jolies. Et j'aurais aimé que vous tombiez sur un auteur / réalisateur moins taré pour pouvoir jouer de vrais personnages et ainsi susciter une attention d'autant plus grande à votre égard de la part des spectateurs, pour l'instant résolus à observer votre plastique irréprochable qu'un vieux pervers s'amuse à sur-esthétiser pour soi-disant montrer toute la beauté de l'amour.
Monsieur Bardem, sachez que vous êtes le seul acteur rescapé de ce navire perdu puisque vu l'ampleur de votre charisme vous êtes le seul ici à ne pas avoir besoin de lignes de dialogue pour en imposer. Vous êtes parfait en prêtre qui doute de sa foi et c'est grâce à votre aura incroyable que le profond athée que je suis n'a pas été repoussé par le discours religieux du film, bien au contraire curieux et respectueux du point de vue défendu par son auteur.

Monsieur Affleck, je... euh... eh oh ! Il y a quelqu'un ?
Il faut que je partage une théorie sur le cinéma et la vie. Une théorie qui a commencé à bourgeonner dans mon cerveau tordu lorsque, assis devant une série télé américaine avec mon brother, alors qu'un personnage venait de sortir une réplique de chez un grand cru des stéréotype dialogués, mon frère a sorti : "non mais en vrai personne ne parle comme ça dans la réalité". Dans un premier temps, la remarque me paraissait vraie. Cependant, quelqu'un chose me chiffonnait tout de même. Compte tenu du modèle que peuvent être, parfois malgré eux, les films et les séries télé, même si un scénariste écrit quelque chose qui ne représente pas bien le déroulement des choses dans la vraie vie, les gens sont susceptibles de l'imiter tout de même (si si je t'assure j'ai vu ça dans un film) et d'en faire finalement... une réalité. Ceci indiquerait donc que si les œuvres fictives, par soucis de vraisemblance, doivent s'inspirer de la réalité, elles peuvent aussi, par phénomène de mimétisme du spectateur, créer de nouvelles réalités. Il n'y avait pas plus de requins que d'habitude l'été 1975, et pourtant Steven Spielberg avait réussi à créer cette réalité de la dangerosité de la baignade à la plage. Tout comme c'est Projet X qui a créé la réalité des vrais fêtes Projet X.
Je vous raconte ça parce qu'avec To the wonder Terrence Malick rabâche un stéréotype affreux qui influe à mon goût beaucoup trop de filles en fleur. Celui de la chichieuse. La fille qui fait du chichi. La fille lunatique qui aime les longs regards gênants avec son copain, qui saute sur le lit comme une gamine, qui met ses mains dans la terre et les regarde toutes dégueulasses en rigolant comme une débile, qui marche avec un air sérieux dans les chemins boueux alors qu'il fait moche, qui s'extasie que oh putain t'es le prince charmant je t'aime plus qu'un croissantella, qui parle avec une petite voix mignonne artificielle de gamine pour s'adresser à son homme parce que voilà.

Il existe certainement des chichieuses à l'état naturel, mais je suis persuadé que c'est des gros bâtards de scénaristes de romances à la con qui ont popularisé l'image de cette dégoulinante mélancolie amoureuse féminine et par conséquent cette opposition stéréotypée virant vers le machisme entre les hommes intelligents, droits et pragmatiques, et les femmes complètement folles qui font du chichi pour rien. Le véritable drame étant qu'il est probable que de nombreuses filles y voient un modèle à suivre suite à leur forte exposition aux séries télés et aux comédies romantiques (qui ne sont pas toutes touchées par le phénomène, ne soyons pas manichéen).
Ainsi, je ne sais pas ce qui est passé par la tête du petit Terry apparemment revenu à l'état d'adolescent qui se questionne sur les meufs et qui n'est visiblement pas arrivé au bout de ses réponses, mais il a fait joué à Olga Kurylenko une chichieuse comme y'en a pas deux. Une vraie gamine incontrôlable, mélancolo-idiote. Sa fille dans le film, peut-être plus mature, a au moins l'âge d'être une gamine, même si c'est elle qui prononce cette innommable réplique à Benny Benassi-Affleck du "alors, tu vas la marier ?" à travers laquelle Malick laisse échapper un relan d'idéologie chrétienne patriarcale me laissant sans voix. Même le père Quintanaconda aurait posé la question avec une subtilité plus élevée que notre désormais évangéliste de poche.

Vu le behind the scenes (oh my god, Rachel McAdams I love you !), il semblerait que la méthode d'écriture et de tournage de Malick consiste à se balader n'importe où avec ses chefs opérateur et de filmer dès qu'ils voient un truc à filmer. A priori c'est peut-être pas si con et on trouvait déjà dans The Tree of Life et sa longue séquence Arte meets Home une sensibilité pour les choses de la nature et une inclination pour le docu-fiction plus que pour la narration cinématographique classique, qui m'avait beaucoup plu. De même, dans To the wonder j'aime beaucoup cette séquence avec les buffles et ces divers moments au cours desquels le poète Malick regarde le monde comme un enfant qui découvre des choses (littéralement : le cadrage est souvent fait à mi-hauteur d'homme), que ce soit à l'occasion de la scène où la fille de Kurylenko voit une fanfare ou de celle où des mouvements de caméra incroyables viennent sublimer une fête foraine. Malheureusement, contrairement à par exemple la scène des dinosaures dans The Tree of Life où la mise en scène était très posée et le rythme serein afin de distiller une certaine atmosphère très poétique, To the wonder ne prend jamais son temps et surdécoupe un patchwork de plans d'esthètes qui ne font pas grand sens agencés les uns à la suite des autres. Quand je découvrais Malick avec Le Nouveau Monde, la déconstruction de la narration classique était un argument pour aimer le film, avec The Tree of Life une telle déconstruction était incroyablement maîtrisée, ici elle a passé la limite, la ligne rouge (oh !), à un tel point que les personnages et les contemplations malickiennes ne sont que vaguement survolés et on se rend compte que finalement la construction ça peut être utile.
J'attends donc la sortie du prochain Alfonso Cuarón, Gravity, pour voir Emmanuel Lubezki chef opérer sur des trucs qui tiennent debout avec un réalisateur qui sait ce qu'il fait, tout en espérant que Terrence Malick, envers qui j'ai trop mal parlé aujourd'hui compte tenu qu'il reste tout de même l'un des mes réalisateurs préférés, se tourne vers de plus nets horizons, quitte à continuer la structure de sa filmographie en pseudo-dyptiques (Badlands / Days of Heaven ; The Thin Red Line / The New World ; The Tree of Life / To the Wonder) pour en commencer un nouveau, donc.