21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 22:06

Pendant la première guerre mondiale, Albert est super pote avec son cheval Joey. Malheureusement ce dernier se retrouve vendu à la cavalerie et est envoyé au front. Joey passe donc par moults aventures à travers la guerre, au cours desquelles les protagonistes verront en lui plus qu'un simple cheval, mais un véritable brave animal. Quand à Albert, il est prêt à tout pour retrouver son cheval.

 

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Cheval de guerre contient "cheval" et "guerre". Alors qu'on aurait tendance à penser qu'il est absurde de conter l'histoire d'un simple cheval dans un récit aussi puissant que celui d'une guerre, Spielberg prend les choses à contrepied : c'est ici la puissance symbolique du cheval qui est utilisée pour montrer l'absurdité de la guerre. Et on est obligé de s'incliner face à la démonstration assez sublime d'une morale aussi vieille que le monde (aussi vieille que les guerres).

 

Il y a beaucoup de choses à dire sur Cheval de guerre qui font de lui un grand film. Malheureusement il y a aussi quelques petites choses à dire sur ses défauts. Des points sur lesquels je me sens obligé de chipoter et dont je vais me débarasser de suite. On remarque très rapidement qu'avec ce film, Spielberg vient de créer la cible la plus facile pour ses détracteurs : le cinéaste habitué des jolies histoires mignonnes fait avec Cheval de guerre la tartine la plus chargée en sentimentalisme qu'il n'a jamais fait, et sera beaucoup attaqué pour ça. Mais ça on s'en fout, parce que c'est très bien, ça fait un affront aux vieux cyniques anti-spielberg qui n'auront qu'à ne pas voir le film si ça ne les intéresse pas et ça correspond très bien à ce bon vieux cinéma hollywoodien où la morale et les émotions occupaient une place prépondérante. Le problème est plus localisé : en l'occurence dans les dialogues. Ces derniers sont parfois trop faibles ou téléphonés et certaines scènes le montrent très clairement :  <spoilers>quand la mère d'Albert lui explique que son père à fait la guerre, l'échange arrive comme un cheveu sur la soupe avant d'être dans la diction pure de bons sentiments. Même combat pour cette introduction des personnages d'Émilie et de son grand-père où le dialogue est honteusement téléphoné pour qu'on comprenne que les parents de la petite sont morts.</spoiler>. Problème dans les dialogues mais pas uniquement. Certains effets de caméra et astuces de mise en scène sont quelques fois utilisés à l'abus : ce fameux travelling avant vers le visage expressif d'un personnage censé montrer sa grande émotion (certains filous ont appelé ça la Spielberg's face me semble-t-il, sauf que le cinéaste est loin d'en avoir le monopole) est distribué à tord et à travers même quand il n'y a rien de transcendant, à l'image de ces montées lyriques du score de John Williams dès que quelqu'un bouge le petit doigt. On peut encore citer ces incessants plans sur le visage de la mère de famille qui regarde son fils avec fierté. Je n'ai absolument rien contre le sentimalisme exacerbé de War Horse sur le fond du récit, mais quand il y a un tel entêtement à le mettre en valeur via la forme, ça en devient parfois moins bon. Bah oui, le film n'est pas un chef d'oeuvre mais est seulement excellent, quelle honte !

 

http://www.24matins.fr/wp-content/uploads/2011/10/cheval-de-guerre-war-horse-11-01-2012-10-08-2011-3-g-650x303.jpg

 

Remettons les choses dans le contexte : c'est un film de Spielberg, c'est donc nécessairement très intéressant à regarder. Je trouve que dans son cinéma des années 2000, le cinéaste a vu ses qualités évoluer de deux manières différentes : d'une part il a perdu son sens virtuose de l'équilibre entre naïveté candide et froideur terrible qui caractérisait ses plus grandes histoires, comme JawsE.T. et Jurassic Park pour citer les chefs d'oeuvre ultimes. Ça s'observe très clairement dans un War Horse au sentimentalisme pas parfaitement maîtrisé (cf. paragraphe précédent), et on voyait déjà ce genre de truc se préparer dès le très whatthefuckesque A.I. D'autre part, il a acquis une maîtrise assez hallucinante de la mise en scène qui fait que ses films récents, qu'ils intéressent ou pas, sont des bombes. À mon sens, sa réalisation est tellement bourré d'idées, et caractérisée par des plans longs et amples (c'est tellement rare dans le cinéma mainstream !) qu'elle est loin d'être un support transparent pour raconter une histoire mais plutôt une véritable démonstration artistique qui vient sublimer le moindre grain de narration. Ce génie explosait dans War of the Worlds et Tintin. Il brille aussi dans War Horse. En même temps vu comment le metteur en scène se débrouillait déjà dans son premier télé/film Duel, faut-il vraiment s'étonner des sommets atteints au bout de 40 ans de carrière ?

 

Il faudrait faire tout un catalogue des performances présentes dans War Horse pour avoir une idée de l'ampleur du truc. De ce travelling latéral qui s'envole littéralement sur un champ de bataille (WHOUA !), à celui, de la bande-annonce, suivant le cheval, en passant par ces moments où le réalisateur par ces cadrages nous fait comprendre ce qui va se passer (le garçon qui se la pète avec sa voiture et le héros qui arrive doucement par la gauche à cheval, on comprend le principe de la scène en une fraction de seconde). Spielberg s'autorise même quelques gimmicks qui viennent donner de la légèreté à son film (l'oie, les pinces à couper allemandes, etc). C'est juste génial.

 

http://alt.coxnewsweb.com/cnishared/tools/shared/mediahub/00/23/00/slideshow_1002301515_2011_war_horse_015.jpg

 

Il faut de plus saluer le talent des dresseurs qui ont bossé sur le film, et des chevaux aussi évidemment. Le paragraphe que je viens d'amorcer à peut-être l'air niais, mais n'empêche que Joey, le cheval, affiche une personnalité extrêmement surprenante (d'ailleurs c'est le seul personnage dont je me rappelle le nom) et occupe bien 80% de l'aspect ludique de l'exposition du film. Alors moi je dis respect. En plus c'est lui qui va tirer le canon pour son pote. C'est trop un brave quoi.

 

Le personnage de Joey est le vecteur qui ammène le récit au travers de la première guerre mondiale. En ce sens War Horse est clairement une fresque, basée sur des petits épisodes amenant chacun une perspective différente de la guerre, et effaçant habilement les notions simplistes de "gentil" et de "méchant", le cheval passant des deux côtés des combatants. C'est précisément ce point qui est crutial et au coeur de la morale du film. Car si au premier abord il est effectivement étrange de considérer une guerre dépourvue de gentil et de méchant, le scénario y saute les deux pieds dedans justement pour montrer toute l'absurdité de cette situation. Et c'est après une scène aussi grandiose que magnifique marquée par la fougue du cheval fonçant à travers les champs de bataille que cette présentation du non-sens de la guerre rentre directement dans le concret. No more spoilers.

 

Et maintenant, conclusion éclair !

Du cinéma à la fois familial et épique porté par un récit universel et une morale aussi classique qu'éloquante, le tout conté par le génie du petit Steven. C'est beau, c'est gentil, c'est simple, ça fait juste très plaisir.

 

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