20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 21:29

Dans le futur, alors qu'on arrête de vieillir à 25 ans, notre propre temps de vie est la monnaie courrante. Tout le monde est donc potentiellement immortel, mais nombreux sont ceux qui vivent au jour le jour, littéralement, travaillant pour pouvoir vivre au moins jusqu'au lendemain. Tel est le cas de Will Salas, qui, après qu'un riche lui ait donné un siècle, va à New Greenwich, l'endroit où se trouve tous les riches, bien décidé à choper Amanda Seyfried et à péter tout le système.

 

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Andrew Niccol est un cinéaste largement sous-estimé. Peu connu du public, en partie parce qu’il est peu relayé par les médias mais aussi car il se fait rare (six ans séparent Time out de Lord of war), le fait est qu’il est l’un des auteurs-réalisateurs les plus doués et intelligents de sa génération. Auteur des scénarios de The Truman Show (Peter Weir) et Le Terminal (Steven Spielberg), auteur-réalisateur du monumental Bienvenue à Gattaca et du très bon Lord of war, force est de constater qu’à l’écriture comme derrière la caméra, il y a une maîtrise impressionnante. Avec Time Out, c’est le drame. J’abuse un peu, mais c’est tout de même une grande déception venant du bonhomme. Notons cependant que j’ai vu une projection en version française, et que cette dernière étant terriblement mauvaise, il est fort probable que j’ai perdu un peu de la qualité du film original. Mais ce n’est assurément pas la seule chose qui cloche.

S’il y a bien un film de Niccol auquel Time out fait écho, c’est Bienvenue à Gattaca. Premièrement pour l’univers dans lequel est baignée l’histoire : un cadre temporel soit-disant futuriste mais dans lequel les technologies n’ont pas vraiment évoluées, incluant même un mélange de rétro et de futuriste (les voitures par exemple). Deuxièmement la romance entre un rebelle intelligent et une fille qu’il emmène dans sa fuite, qui rappelle immédiatement celle de Vincent et Irène dans Gattaca. Troisièmement le mélange magique de science-fiction et de philosophie qui était absolument sublime tout au long de Gattaca, et que Niccol essaie de réitéré avec son concept du temps argent, dans lequel les personnages évoluent avec leur propre temps de vie comme monnaie. C’est là que commence le bazar (ce qui est bien dommage, car c’est toute l’idée du film).

 

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Concrètement, Andrew Niccol donne l’impression de ne pas avoir assez réfléchi sur son idée avant de l’exploiter pour une histoire. Car un concept ne suffit pas, il faut aussi longuement se poser la question de comment serait une société basé sur tel modèle, jusqu’à ce qu’aucune conséquence ne nous échappe. Bref, il faut maîtriser le concept. Ce que, visiblement, n’a pas réussi l’auteur de Time out. Alors que dans Gattaca il ne cessait de nous surprendre avec toutes les répercussions sur la société que pouvait avoir la ségrégation génétique, dans Time out il nous montre qu’il y a des riches, et des pauvres. Oui, mais encore ? Bon, ce serait de mauvaise foi de réduire le scénario à ce niveau de simplicité et il faut bien avouer que certaines idées sont bien trouvées et résonnent dans des répliques à la fois géniales et intelligentes, ou dans des scènes (notamment deux scènes analogues) où la tension dramatique atteint des sommets hallucinants. Mais dans l’ensemble ce n’est pas assez réfléchi et trop brouillon. Les différentes générations ne devraient-elles pas s’accumuler ? Ou y a-t-il vraiment une espérance de vie due à la probabilité d’accident ? Pourquoi y a-t-il cette technologie qui permet de s’échanger du temps comme des petits pains si les « maîtres du temps » tiennent tant à la stabilité du système ? C’est qui d’ailleurs, les maîtres du temps ? Tant d’interrogations auxquelles le film ne répond pas, se contentant de remplacer des sommes d’argent par du temps et de n’exploiter que superficiellement ce concept à la fois ultra-original mais aussi, on l’a compris, ultra-compliqué à gérer.

 

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Ce qui est tout aussi décevant, c’est que Time out tombe dans toutes les erreurs basiques du scénario (ça fait très péteux de dire ça, faut que j’arrête). D’une part cette exposition trop formelle où l’univers du film est présenté bien trop ouvertement au spectateur, trop proche de la diction. Et au contraire le fait qu’on ne comprenne pas trop quel est le but du film par la suite. Jusqu’à ce que le déclic vienne et qu’on comprenne que nos deux oiseaux jouent simplement à Robin des Bois…

Cependant Andrew Niccol rassure par sa gestion de la narration et de la mise en scène. J’ai parlé du fait qu’on ne comprenait pas trop où allait le film. Mais justement, pendant un bon bout de temps je ne me suis pas posé la question, me contentant de suivre les péripéties de l’histoire, car celle-ci est bien contée. Le film arrive notamment sans problème à occasionner au spectateur une suspension d’incrédulité qui nous fait négliger quelques trucs bizarres (une fille qui tape un sprint en talon aiguille, deux fauteuils super classes sur lesquels peuvent s’asseoir les personnages dans un immeubles désaffecté).

 

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Une autre chose vachement cool est les différentes ambiances présentes dans le long-métrage, étroitement liées à l’univers mi-rétro mi-futuriste du récit. De plus la fuite et la romance entre Will (joué par Justin Timberlake, mauvais) et Sylvia (jouée par Amanda Seyfried, bonne) se suit avec plaisir, et est très rythmée. De plus le film nous entraîne dans quelques scènes d’action très bien intégrées au reste de l’histoire, même s’il reste justement trop avare sur ce sujet. Aussi il y a de forte chance pour qu’il se mette pas mal de spectateur à dos : les puristes s’attendant à une grande réflexion sur le concept proposé seront déçus de la pauvreté de la dissertation, tandis que ceux voulant simplement voir un bon film d’action (comme le suggérait tout de même la bande-annonce) seront déçu de la pauvreté en action. On ne pourra en tout cas pas accepter cet accident de voiture en images de synthèse honteux pour un film de cette trempe. Reste à congratuler Craig Armstrong à la baguette pour ses compositions remarquables et riches en émotions, ainsi que Cillian Murphy pour la seule très bonne prestation du film.

Objectivement le film est sympathique, certaines rares scènes atteignant même des points d’orgue en terme de suspens ou d’action, et il reste tout du long rudement bien mis en scène et visuellement peu critiquable. Mais relativement à son auteur, c’est une grande déception, surtout sur la manière bien trop superficielle dont est traité le concept.

 

Transcendant | Excellent | Bon | Sympathique | Moyen | Ennuyant | Mauvais | Ultra mauvais

 

 

Du même réalisateur : Bienvenue à Gattaca

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